Marie Lequeux et Laila Boukharta (APBFB) | Mardi 20 janvier 2026
Le 20 janvier 2026, nous avons participé à Paris à la journée d’étude
«Bibliodiversité et responsabilité des bibliothèques dans l’écosystème du livre», co-organisée par la Bpi et l’ABF. Tout au long de la journée, bibliothèques, librairies, maisons d’édition indépendantes et organisations professionnelles ont croisé constats, repères historiques et retours d’expériences. Voici les grandes lignes et les enseignements que nous en tirons, avec l’envie de prolonger ces réflexions dans nos chantiers en Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment via le PILEn.
Pourquoi cette journée nous concerne
La bibliodiversité n’est pas un slogan. Elle renvoie à une question très concrète : qui a réellement une chance d’être lu, vu, discuté, dans un contexte de surproduction éditoriale et de concentration économique. À plusieurs reprises, un lien direct est posé entre bibliodiversité, pluralisme des idées et vitalité démocratique.
Cinq enseignements à retenir
1) La concentration éditoriale pèse sur le pluralisme
Un rappel marquant a été partagé : cinq groupes d’édition représenteraient environ 75 % du chiffre d’affaires de l’édition, avec le risque de contrôler plusieurs maillons à la fois (création, édition, diffusion, distribution). Les interventions ont aussi souligné les effets politiques possibles de cette concentration, et la manière dont certains choix de diffusion peuvent influencer le débat public.
2) « Indépendant » est une notion utile, mais pas simple
La journée a insisté sur le caractère mouvant de l’« indépendance ». Elle peut être capitalistique, artistique, intellectuelle, ou encore politique. Le terme peut aussi devenir un argument commercial, ce qui oblige à garder une lecture fine. Un point important revient : publier ne suffit pas. Sans médiation, de nombreux titres restent invisibles. Autrement dit, il existe une différence entre diversité offerte et diversité consommée.
3) Bibliothèques et librairies sont interdépendantes
Un chiffre a circulé dans les échanges : les ventes aux bibliothèques représenteraient environ 14 % du chiffre d’affaires des librairies, avec une tendance à la hausse. Dans le même temps, les marchés publics peuvent compliquer le travail avec les librairies de proximité, et la question des remises met en tension l’équilibre économique et la qualité de l’accompagnement professionnel.
4) Notre responsabilité ne se limite pas à acheter, elle touche aussi la valorisation et l’élagage
Un fil rouge s’impose : répondre aux demandes des publics, oui, mais sans amplifier mécaniquement la surreprésentation des titres déjà omniprésents. Cela déplace la question : « comment allons-nous faire vivre un livre ? ». La journée a aussi ouvert un angle moins discuté : que faisons-nous des documents que nous retirons des collections ? Vendre à des réseaux de seconde main pose des questions de cohérence avec notre responsabilité vis-à-vis de l’écosystème du livre.
5) Des expériences inspirantes existent déjà, à différentes échelles
Plusieurs retours d’expériences ont montré des leviers actionnables : création d’un fonds mettant en lumière des maisons d’édition indépendantes (avec un vrai travail de veille), démarches autour de l’écologie du livre (matérielle, sociale, symbolique), dynamiques territoriales comme le festival « Hors limites » en Seine-Saint-Denis, ou encore la formalisation d’une charte d’acquisition à Montreuil pour mieux répondre aux demandes, objectiver la place de l’édition indépendante et assumer des objectifs chiffrés (y compris au-delà d’un seuil estimé à 13 %).
Et en Fédération Wallonie-Bruxelles : un écho direct avec le PILEn
Pour l’APBFB, ces échanges résonnent fortement avec notre engagement au sein du PILEn. Ce que nous avons entendu à Paris rejoint des préoccupations que nous partageons déjà : défendre la diversité des voix, favoriser des relations saines entre bibliothèques, librairies, auteurs et maisons d’édition, questionner l’impact de nos pratiques (acquisitions, médiation, marchés publics, seconde vie des livres) et renforcer l’interconnaissance entre métiers.
Cette journée confirme l’intérêt de poursuivre, avec le PILEn, des espaces de dialogue et des outils communs pour agir de manière cohérente sur le terrain.
Pour aller plus loin
Nous mettons à disposition le compte rendu complet de la journée, beaucoup plus détaillé, afin que chacune et chacun puisse s’appuyer sur les éléments présentés, les exemples cités et les pistes de travail évoquées. Il peut se lire comme une boîte à idées et un repère pour nourrir les discussions dans les équipes, les réseaux et les partenariats.
Bibliodiversité & responsabilité des bibliothèques dans l’écosystème du livre 20 janvier 2026 - Bpi-Lumière (Paris)