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L’APBFB en visite à la Bibliothèque De Krook à Gand

| mercredi, 18 avril 2018 |

L’APBFB en visite à la Bibliothèque De Krook à Gand

Un peu d’histoire

De Waalse Krook (du mot ancien « kreuk » signifiant « pli »), tel était, depuis 1943, le nom de ce quartier de Gand, en référence au virage que dessine l’Escaut et aux péniches venues de Wallonie aux XVIIIe et XIXe siècles y apporter le charbon indispensable aux industries. En 2011, parking, salle de sport et immeuble d’appartements furent détruits et les gravats évacués par voie fluviale. Place nette était faite pour la réhabilitation de cette zone qui se poursuivra par la transformation de l’ancien cirque d’hiver et de bâtiments industriels. Après des fouilles archéologiques qui mirent au jour des restes de l’activité du Waalse Krook au Moyen Âge, les grands travaux commencèrent. De 2013 à 2017, les Gantois virent leur bibliothèque surgir peu à peu de la terre — voire de l’eau puisque le quai-promenade correspond à l’étage -1 tandis que le -2 ne dispose pas de fenêtres. De Krook renaissait, sans le « Waalse » perdu dans la nouvelle toponymie…

 

Le bâtiment et ses 6 plateaux

L’œuvre est due à un trio d’architectes catalans, secondé par les Gantois Coussé & Goris.
Sur l’esplanade, la sculpture « Les passants » représente un groupe de personnes aux profils sociologiques variés symbolisant l’ouverture du lieu.
Poutrelles d’acier, verre et béton brut constituent l’essentiel des matériaux de la Bibliothèque. Ses 6 plateaux empilés de tailles diverses (17500 m2 en tout) lui donnent un profil typique : son immense porte-à-faux ressemble à une casquette de métal et de verre. Elle doit la couleur sombre de sa façade à des lamelles d’aluminium. Sa stabilité repose essentiellement sur trois énormes blocs de béton de la hauteur de l’édifice placés au centre du bâtiment et qui, sur le plan, forment une ligne brisée discontinue épousant le « pli ».
À l’intérieur, le tapis plain — discrètement divisé en dalles remplaçables — est justifié par ses qualités acoustiques. Bâtiment du XXIe siècle, De Krook est chauffé par géothermie.
Les bureaux du personnel, vitrés, se répartissent sur les 3 niveaux supérieurs. À l’exception du rez-de-chaussée, chaque étage compte au moins 2 salles équipées pour rencontres et travaux de groupes, chacune baptisée du titre d’une œuvre célèbre de la littérature flamande.
Au rez-de-chaussée, agora, lieu de rencontre et de brassage des publics, on trouve les automates de prêt/retour, les casiers vestiaires, le comptoir d’inscription, les accès au catalogue, le fonds local gantois, la presse, l’espace d’exposition temporaire, des ordinateurs empruntables sur réservation... Les best-sellers et nouveautés y sont proposés pour une seule semaine de prêt non renouvelable, favorisant la rotation rapide. Des fauteuils confortables invitent à la lecture ou la rêverie le long des grandes vitres donnant sur le quai. Une agréable cafétéria avec terrasse complète les services.
Le niveau +1 offre un choix de fictions pour adultes, BD, CD, DVD et partitions musicales. Un piano permet de petits concerts ; les auditeurs s’installent sur le vaste escalier doublé de gradins avec coussins.
Au niveau +2, celui des documentaires adultes, trois bureaux offrent des services personnalisés : conseil juridique (payant), aide informatique et orientation professionnelle.
Le niveau +3 est le royaume du silence : la lumineuse salle de lecture et d’étude avec ses 185 places assises ne désemplit guère. On trouve aussi à cet étage bon nombre de titres de presse. Enfin, le magasin et l’essentiel des bureaux du personnel (entre autres l’équipe de catalogueurs pour tout le réseau) sont également situés à ce niveau. De Krook renferme 400 000 des 600 000 documents du réseau.
Le niveau -1 est réservé aux enfants : albums, BD, documentaires, romans, automates de prêt, photocopieurs, wifi, logettes de lecture pour les grands, coussins pour les petits… Un espace important est réservé au garage à vélos et une entrée possible à partir du quai.
Le niveau -2 (sans fenêtre) est celui des adolescents. Les livres y couvrent tout le long pan de mur soit 19 étagères. À la demande des usagers, le reste du mobilier est mobile : consoles de jeux, tables et chaises, fauteuils constituant un espace de rencontre, de repos ou de visionnement de capsules vidéo… Un formateur informatique est attaché à cet espace.

 

Carte unique et automatisation

La Bibliothèque a été inaugurée en mars 2017, tête de pont d’un réseau comptant 14 filiales auxquelles s’ajoutent un service mobile et un comptoir de prêt hebdomadaire à la prison. La gratuité est en vigueur, pour la carte unique (indispensable) et pour le prêt.
Les étagères ne dépassent pas un mètre vingt ; à l’exception des jolis présentoirs de nouveautés en plexi, elles sont grises dans toutes les sections, ce qui a fait regretter à certains le manque de couleurs, de gaieté mais aussi de distinction entre niveaux. Des étiquettes aimantées sur les étagères rendent très souple la signalétique.
Certaines étagères, en sections adultes, sont dotées d’écrans qui, outre la recherche dans le catalogue (le SIGB est Vubis), offrent à l’usager qui introduit son profil des suggestions de lecture (souvent stéréotypées !) sur le mode « Ce qu’aiment lire les Gantois ». La RFID autonomise le lecteur pour les tâches d’entrée et sortie de documents, y compris le paiement des amendes de retard. Le groupe de visiteurs n’a pas manqué de constater que deux préposés sont considérés comme suffisant à la gestion d’un étage : orientation du lecteur et rangement des livres arrivés sur chariots en provenance de la machine qui trie par niveaux. L’automatisation ne semble donc pas avoir permis d’augmenter le personnel dédié à la médiation immédiate auprès du lecteur. Cependant, le foisonnement d’activités, dont rendent compte De Krook krant et sa version pour la jeunesse Krookodillenkrant ainsi que le site et les réseaux sociaux, requièrent sans nul doute du personnel beaucoup de temps, d’énergie et de créativité.
À l’équipe permanente s’ajoute près de 200 bénévoles qui œuvrent dans et hors les murs (accueil de groupes, aide à l’organisation d’activités, prêt à domicile, lectures à haute voix…)

 

Les partenaires

L’Université de Gand et l’IMEC sont les « habitants » privilégiés de la nouvelle structure. Sans être bibliothèque universitaire, De Krook offre des espaces à ces deux institutions, devenues de facto ses partenaires.

Les étudiants de l’Université sont des usagers réguliers du lieu. En période de blocus, l’inscription est obligatoire à la salle de lecture du troisième étage tant est forte la demande ; un petit règlement spécial a été édité pour les étudiants. La radio-télévision universitaire occupe un bureau vitré voisin de l’espace pour adolescents. Lors de notre visite, l’Université présentait dans l’agora les travaux de fouilles de son département d’archéologie.
L’IMEC donne accès aux visiteurs de De Krook à un laboratoire où ils peuvent tester les derniers développements en matière d'audio et de visuels 3D. Quant aux start-ups innovantes, elles trouvent là, grâce à l’IMEC, un lieu de travail et un accompagnement sur mesure.

Peu d’informations

On nous a murmuré que le projet de la bibliothèque avait coûté 70 millions d’euros, ce qui a suscité l’envie des membres de l’APBFB. Ceux-ci auraient aimé obtenir des informations plus précises, en particulier chiffrées, sur les mouvements des documents, le système de classement, les méthodes de travail spécifiques des bibliothécaires… Cela n’a pas été possible et ils en ont conçu une certaine frustration. En effet, après un an d’existence, De Krook suscite toujours la curiosité de groupes nombreux au point que les bibliothécaires locaux ne peuvent assumer le rôle de guide. Cette fonction a été déléguée à une association dont les membres assurent des visites de la ville. Nos guides, compétentes, sympathiques, parfaites bilingues, s’efforçaient de nous montrer le maximum mais n’étaient pas du métier…

 

Par Françoise Dury, présidente de l'APBFB

Last modified on mardi, 16 octobre 2018
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